J’ai eu l’occasion le 27 mai dernier d’assister à la présentation du dernier rapport de la Chaire Pégase, dans le cadre somptueux de l’Aéro-Club de France. La Chaire Pégase est la première chaire de recherche française dédiée à l’économie et au management du transport aérien et de l’aérospatial, adossée à la Montpellier Business School. Elle nous a dévoilé les résultats de sa dernière étude ayant pour sujet l’emploi, et plus particulièrement la problématique d’attirer les talents dans les secteurs aériens et aéronautiques.

Ce n’est un secret pour personne, les entreprises des secteurs aérien et aéronautiques rencontrent aujourd’hui des difficultés à recruter. Certes pas sur des métiers « visibles » et connus, comme celui de pilote, d’agent d’escale ou de personnel navigant commercial, mais sur des métiers que l’on pourrait qualifier « de l’ombre », sans qui l’industrie ne pourrait pas produire. Le problème est le suivant : les carnets de commande des principaux constructeurs sont pleins, il faut tenir les cadences de production, et si palier aux soucis d’approvisionnement est un défi, celui de recruter en est un autre.
Le rapport de la Chaire Pégase tombe donc à pic, pour essayer de comprendre pourquoi recruter est si difficile, notamment auprès des jeunes générations, mais surtout pour essayer de trouver des clés qui permettront de solutionner ce challenge. Focus sur les résultats de ce rapport passionnant.
24% des jeunes envisagent de travailler ou faire des études dans le secteur aérien
Pour comprendre les problématiques, les chercheurs de la Chaire Pégase ont mené des études qualitatives auprès de 40 personnes, réparties entre des jeunes de 15 à 24 ans et des demandeurs d’emploi de plus de 25 ans. Ces résultats ont été croisés avec ceux d’une étude quantitative adressée à 1049 jeunes de 15 à 24 ans et 509 demandeurs d’emploi de plus de 25 ans. Alors, quels sont les résultats ? Et bien, croyez-moi, certains sont surprenants !
A commencer par ce chiffre : 24% SEULEMENT des jeunes de 15 à 24 ans envisagent de faire des études dans le secteur aérien. Et quand on passe à la construction aéronautique, c’est encore plus faible, seuls 14% des interrogés déclarent envisager d’y travailler. Une réalité que je considère à titre personnel malheureuse. Mais la suite des résultats va nous éclairer sur comment on arrive à ces pauvres scores.
65% des 15-24 ans n’ont même jamais pensé à ces secteurs
62% des 15-24 ans manquent d’intérêt pour l’aérien et l’aéronautique, mais surtout la moitié des interrogés n’en connaît pas les métiers et entreprises. C’est un premier gros problème : avant d’espérer pouvoir susciter de l’intérêt, encore faut-il que les jeunes connaissent les métiers et entreprises.
En parlant d’entreprises, les grandes compagnies aériennes sont connues des jeunes (ok, c’est assez « naturel », merci les campagnes de pubs et le sponsoring sportif notamment) mais dès que l’on parle de sous-traitants, ou d’aéronautique / de construction, les scores de notoriété chutent drastiquement.
Côté métiers, le constat est le même : les métiers connus sont ceux que l’on voit soi-même en voyageant. Les autres restent relativement méconnus.
L’aérien, peu présent des programmes scolaires
Je dirais presque que c’est un comble. Une nation pionnière dans l’Histoire de l’aéronautique ne communique pas suffisamment dans le cadre du programme scolaire sur l’aérien. 51% des 15-24 ans déclarent n’avoir pas été sensibilisés durant leurs études à ces secteurs. La scolarité est la période critique où les jeunes commencent à dessiner leur avenir professionnel. Si quelqu’un de leur entourage connaît le secteur, ou qu’ils ont la curiosité de se renseigner, ou de découvrir des reportages à la télé, sur les réseaux sociaux ou sur YouTube, cela peut éveiller leur intérêt. Sans cela malheureusement, si l’Ecole n’aborde pas non plus le sujet, cela semble en effet compliqué pour eux d’imaginer travailler dans ces secteurs.

L’auto-censure, une réalité frappante
C’est pour moi l’une des surprises de ce rapport. Quand bien même la moitié des jeunes interrogés connaissent un peu le secteur, 80% le considère comme inaccessible, avec des processus de recrutement longs et difficiles. Trop scientifique, trop compliqué en terme d’études, trop exigeant en terme de capacités ou de connaissances en langues étrangères, des études trop chères et trop longues : voilà ce que pensent les jeunes interrogés. Cela représente énormément de croyances et de barrières à déconstruire.
Trois autres facteurs d’importance : la géographie, l’entourage et la fréquence des voyages
Ok, ces facteurs déterminants peuvent sembler évidents. Il n’en reste pas moins qu’il faut les citer. Habiter à Toulouse par exemple est naturellement plus incitatif que d’habiter dans une région rurale loin de toute activité aéroportuaire. Avoir des parents ou proches qui travaillent dans le secteur, encourage à s’y intéresser et à s’y projeter. Et enfin, voyager soi-même et côtoyer le monde de l’aérien donne également envie de creuser cette piste d’orientation. Ces trois paramètres jouent un rôle-clé dans l’orientation des jeunes.
Faire correspondre attentes des jeunes et réalités côté entreprises
Nous le savons, les jeunes d’aujourd’hui ont des aspirations professionnelles et des attentes différentes de celles des générations précédentes. Les avantages, le salaire, l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle, tout cela est pris en compte quand vient le temps de se décider quant à son orientation. L’attrait des grands groupes dont la marque est connue est ainsi plus fort. Fun fact cependant : les aspects que l’on aurait pu avant cette étude considérer comme primordiaux pour la jeune génération comme la politique environnementale de l’entreprise, ou encore la politique sociale de l’entreprise, figurent parmi les derniers critères en terme d’importance !
Et finalement, quand on oppose attentes des jeunes à leurs perceptions de ce qu’apportent les entreprises du secteur, le bilan est plutôt positif. Il y a une vraie adéquation entre ce que désirent les 15-24 ans et ce que les entreprises proposent. Mais alors, d’où vient le problème ? Une fois de plus, la perception : les métiers sont perçus comme trop exigeants et trop stressants pour la plupart des interrogés.
Les recommandations de la Chaire Pégase
Maintenant que le diagnostic est posé par la Chaire Pégase, il reste à passer en revue les recommandations. Elles sont au nombre de 15 dans le rapport, et je vous laisserai le soin de les y découvrir en détail. Je ne vous citerai que quelques-unes des interventions qui m’ont marquée lors de la Table Ronde animée par Paul Chiambaretto, Directeur de la Chaire Pégase, et en présence de Justine Coutard, Directrice Générale Déléguée du Groupe ADP, Bertrand De Lacombe, Directeur des Relations Externes chez Airbus, Valérie Molenat, Directrice Emploi, Formation et Diversité chez Air France et Antoine Blin, Chief of Staff chez Aura Aero.

1. Partager les viviers de candidats entre grands groupes et PME
Oui, c’est évident, les grands groupes comme Airbus, Air France ou encore le Groupe ADP pour citer les entreprises présentes, reçoivent énormément de candidatures. Le chiffre cité par Valérie Molenat de chez Air France était je crois de l’ordre de plusieurs dizaines de CV reçus par an pour environ 1 800 postes à pourvoir. L’idée à l’avenir serait de mettre en commun les viviers de candidatures reçues, et renvoyer les candidats pertinents reçus en entretien par exemple, vers les plus petites structures qui ne bénéficient pas d’une marque employeur aussi forte. Un cercle vertueux, qui fonctionne aussi bien dans l’écosystème aéroportuaire et commercial que dans celui de la construction aéronautique.
2. Créer un contexte de travail favorable
J’apprécie énormément à titre personnel Justine Coutard, ses prises de parole et réflexions sont toujours très pertinentes. Elle est revenue lors de la table ronde sur une réalité dont on ne parle pas suffisamment à mon sens. Lorsque l’on a un grand aéroport comme le sont Charles-de-Gaulle ou Orly, où de nombreux métiers sont exercés sur des horaires décalés, on ne peut espérer attirer des jeunes ou des personnes en reconversion professionnelle sans fournir ne serait-ce que des moyens de transports adaptés à ces horaires, sécurisés et fiables. Excellent point qui mérite d’être mentionné à mon sens.
3. Compter sur le support de l’Etat et de l’Education Nationale
Oui, cela semble difficile, en particulier dans un contexte où le bashing du transport aérien fait rage, avec l’ajout de taxes et autres critiques. Et pourtant, comme re-dit en introduction, la France est pionnière dans l’aviation et doit le rester. Il faut pour cela véhiculer les valeurs et les messages portés par le secteur, auprès des plus jeunes dès leur scolarité.
Conclusion
Je vous laisse le soin de découvrir le rapport de la Chaire Pégase sur leur site ici https://www.chaire-pegase.com.
N’hésitez pas à me partager en commentaire votre point de vue sur ce qui pourrait être améliorer pour améliorer le recrutement des jeunes.
Et enfin, toujours sur la thématique de l’emploi, je vous invite à retrouver sur YouTube mes vidéos de la série Ton Métier Au Quotidien #TMAQ où je pars à la rencontre de professionnels des secteurs aérien et aéronautiques : https://www.youtube.com/playlist?list=PLYHCbGi4-9UV7CaU0JZ0_ruITWv2Dx3xo
A bientôt les Avgeeks !

